Le temps transforme l’instant en souvenirs

Le temps est un concept qui m’obsède, depuis une date indéfinissable, et cette obsession s’est accentuée en devenant papa. Celui qui passe, transforme, répare, libère, ouvre et referme des chapitres. Le temps qui emporte avec lui. À travers mes lectures, j’ai compris que cette réflexion humaine existait depuis un temps indéterminé lui aussi. Notre condition de mortels, notamment, a fait que artistes, philosophes, scientifiques et religieux, penseurs en tout genre, se sont emparés de la question à travers les âges. Chacun.e de nous traversons des moments où le temps nous obsède. C’est d’autant plus vrai dans une société productiviste et ultra-connectée, où tout est course chronométrée et rendement chiffré. Attitude face au temps de travail qui a déteint sur notre temps libre. Enfin, tout ça, c’est ce qu’on voudrait nous vendre…On peut s’en affranchir.
Mais ce n’est pas le sujet ici, juste une introduction.
Je ne serai pas très long.
Pour celles et ceux ont eu l’occasion de lire d’autres articles de ce blog, j’ai déjà évoqué ma passion, obsessive elle aussi, pour les images, photos et vidéos d’abord, puis par la suite étendue à l’écrit et au dessin. Dans ma vie de tous les jours, je note, je conserve, je monte des moments de vie pour garder une trace, me souvenir, me rassurer, parfois. Ma famille et mes amis le savent : je suis une sorte de médiathèque privée, toujours prêt à envoyer une petite dose de nostalgie pixelisée aux moments opportuns.
Début d’année, alors que je me plongeais chaque soir compulsivement dans des histoires new-yorkaises – de musiciens, de peintres, de cinéma …- j’ai ressorti d’un disque dur les images d’un voyage réalisé avec ma famille (mes parents, mon frère et ma soeur) et décembre 2011. En regardant ces photos, prises à la volée, les vidéos de basse qualité filmée avec un petit caméscope qu’emportait ma mère, des pensées ont émergé. Je les voyais sous un nouveau jour. J’imaginais des choses qui auraient pu exister, je me rappelais de ce qui m’animait à cette époque (pas si lointaine), et faisais des liens avec le moi actualisé. Les souvenirs vivaient.
J’ai écrit un court texte, accompagné de photos et screenshots. Des bribes de ce séjour à New-York, plutôt touristique, comme prétexte pour réfléchir à mon rapport aux images, aux choses et au temps.
Le voici donc.
American Digressions
Le temps, sans interruption, transforme l’instant en souvenirs. Nos images s’accrochent à lui, comme pour le ralentir...

Nous n’avions jamais mis les pieds aux États-Unis.
Pourtant, flottants dans les avenues de Manhattan, des milliers d’images saturaient déjà nos esprits.
NYC, décembre 2011.
Comme pour s’assurer que le rêve était bien réel,
nous emportions nos regards et bientôt nos souvenirs sur des cartes mémoires.
Paranoïa de l’oubli.

New York !
Premières rencontres sur VHS,
Images et récits qui façonnent l’imaginaire.
Perdus dans l’espace inconnu de la Ville,
il devient un repère,
oriente nos regards et nos pas.

Ce que je vois, déformé par des représentations
(elles-mêmes construites par d’autres),
ce que je ressens, amplifié par mes fantasmes.
Pris dans le film.
Images figées toujours en mouvement,
histoire(s) sans cesse actualisée(s).
Souvenirs vivants.
Souvenirs pixelisés.

Au sommet des clichés,
réalités croisées.

Regarde : « Tout va vite », « Rien ne dure ».
Alors mes images, sauvées du flux,
font de la résistance.
Le temps leur donne une valeur :
nouveaux rêves, nouveaux regards.
Vieillir est leur privilège.
Des mots comme prétexte pour matérialiser la fuite en avant.

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Voilà.
Pour garder une trace de cette pensée (oui, encore), j’ai collecté ça dans un petit zine, avec d’autres clichés, plus ou moins pixelisés. 12 pages en A6 pour y projeter vos propres réflexions.
J’ai ai fait 40 exemplaires, il m’en reste 20. Si ça te parle, si tu veux partager ces idées, écris-moi sur hello@amerigopark.com
Ils sont à 4 euros (à peine plus que le prix de l’impression, juste pour le plaisir).
Si ça te dit, partage l’article à tes amis obsédés par le temps, par les images ou par les deux.
Je suis aussi toujours curieux de connaitre ton avis, une anecdote, une expérience.
Puis si tu veux collaborer, rend toi sur mon site et fais signe.

Merci de m’avoir lu.
À vite !
Jérémy


